Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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Maurice AUDIN : 11 juin 1957 / 11 juin2018
Mon intervention Place Maurice Audin à Paris
Article mis en ligne le 12 juin 2018

par Henri POUILLOT
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Le 11 juin 1957, il y a 61 ans Maurice Audin était arrêté chez lui par un commando de Parachutistes et il ne réapparaitra jamais.
L’an dernier, le samedi 10 juin 2017, nous étions déjà là, sur cette place, et nous avions espéré avoir une réponse à la lettre ouverte (que j’avais coordonnée au nom du MRAP et de Sortir du Colonialisme avec Gilles Manceron au nom de la LDH) adressée une quinzaine de jours plus tôt à Emmanuel Macron, appel signé de nombreuses personnalités. Cette lettre rappelait deux points :
-  le communiqué du 18 juin 2014 de François Hollande : communiqué déclarant : "Mais les documents et les témoignages dont nous disposons aujourd’hui sont suffisamment nombreux et concordants pour infirmer la thèse de l’évasion qui avait été avancée à l’époque. M. Audin ne s’est pas évadé. Il est mort durant sa détention". Depuis cette déclaration (évoquée la veille devant son épouse Josette Audin, reçue à L’Elysée) ni ces documents, ni ces témoignages ainsi évoqués, pourtant concordants et nombreux selon ce communiqué, n’ont été révélés.
-  son engagement du 5 mai 2017 à la rédaction de Médiapart "De fait, je prendrai des actes forts sur cette période de notre histoire…"
Nous n’avons reçu que 2 mois plus tard une réponse affligeante de son Chef de Cabinet : « Je puis vous indiquer que le sujet est connu du Chef de l’Etat et des membres de son cabinet qui ont été attentifs à votre démarche » !!! Depuis, Rien, ou pire peut-être puisque selon les confidences du Président faites à Cédric Villani, il n’y aurait aucun document ou témoignage permettant de certifier les conditions de cette « disparition ». Cependant, notre Président aurait l’intime conviction que Maurice Audin aurait été exécuté ou assassiné : ce qui n’est quand même pas le même chose !!!

S’il a été exécuté (thèse déjà avancée par le Général Aussaresses quelques mois avant son décès) alors, qui a commandité cette exécution ? quelle autorité ? en dehors de tout jugement ? Une autorité politique ? une autorité Militaire ? Il devrait donc y avoir des traces dans les comptes-rendus officiels de conseils de ministres ou d’état-major.

S’il a été assassiné, thèse plus proche de celle découlant des archives du Colonel Godard trouvées par la journaliste Nathalie Funès, il faudrait savoir comment s’est déroulé ce jeu macabre et qui (au pluriel sans doute) en porte la responsabilité.

MAIS, aujourd’hui, des militaires encore vivants, en particulier des officiers, ayant opéré, pendant cette période de la "Bataille d’Alger", même s’ils ne sont pas des témoins directs, oculaires, savent quelques bribes du scénario, et il est donc possible de reconstituer le puzzle. Le Président de la République est aussi Chef des Armées, il dispose d’un Chef d’Etat-Major des armées et ils peuvent donc ordonner la collecte de ces informations : il s’agit d’une simple volonté politique de leur part de faire éclater la vérité ou de continuer à la camoufler, dans la pratique habituelle de la "Grande Muette". C’est un sujet qui est repris par le collectif "Secret Défense" auquel maintenant je participe es-qualité de mes responsabilités militantes.

Une question interroge : L’acte fort annoncé le 5 mai 2017 par le Président de la République correspondant à cette période de notre histoire serait-il la « frappe en Syrie, il y a quelques semaines ? Comment ne pas faire le rapprochement de telles pratiques contraires aux droits fondamentaux de l’homme ? Puisque là aussi il y a violation de ces principes essentiels. Cette frappe s’est faite en violation des droits internationaux, en particulier de la charte des Nations Unies dont la France est signataire. Mais en plus quand le France se fait l’un des gendarmes du monde alors qu’elle porte des taches indélébiles toujours pas reconnues, donc pas condamnées, je veux rappeler l’usage du gaz Sarin et VX en Algérie, et 600 à 800 villages rasés au napalm (600 à 800 oradours sur Glane) alors le message de la France n’est pas crédible au plan international et cette leçon de morale devient indécente.

Oui, il est plus qu’important, urgent, que la France reconnaisse et condamne les crimes d’état, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, commis en son nom, et tout particulièrement pendant les guerres de libération coloniale que ce soit en particulier au Vietnam, à Madagascar, au Cameroun et évidemment en Algérie.

Et pour ce qui concerne tout particulièrement ce triste anniversaire que nous commémorons ce soir, il est temps, urgent que toute la vérité soit faite avec la reconnaissance de ce crime d’état qu’est l’assassinat de Maurice Audin :
-  A-t-il été exécuté sur ordre ? De qui ?
-  A-t-il été assassiné ? Par qui ?
-  A-t-il été l’objet d’un "jeu macabre" ?
-  Qu’est devenu son corps ? que sa famille, ses amis puissent se recueillir enfin sur sa tombe !!!

Oui, Monsieur Macron, tenez votre parole, comme vous le répétez si souvent quand vous évoquez des engagements que vous avez pris pendant votre campagne électorale, et faite rapidement ce geste fort tant attendu.

Dernière nouvelle, parue dans le journal algérien El-Watan de ce matin : on y apprend que le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, a révélé hier, lors de sa visite à Boumerdès, que 4 dossiers relatifs à la Guerre de Libération nationale étaient en cours de négociation avec la partie française. Il s’agit, selon lui, des cas de rapatriement de crânes et d’ossements de personnalités historiques algériennes : et l’une de ces personnalités évoquée est justement celle de Maurice Audin. Espérons donc, qu’enfin, une telle coopération fasse avancer de façon déterminante la vérité sur ce dossier.

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