Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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Film du Centenaire de l’ONAC : deux "oublis"

Lettre du 14 décembre 2016 à Madame Rose-Marie ANTOINE
Directrice de l’ONAC-VG

Article mis en ligne le 16 décembre 2016

par Henri POUILLOT
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Madame la Directrice,

Jeudi 8 décembre dernier, dans les Yvelines, se déroulait une journée commémorative pour le Centenaire de l’ONACVG, présidée par Monsieur le Préfet du département. A cette occasion, le film retraçant l’histoire de l’Office a été projeté.

La devise de l’ONACVG est y rappelée : "Mémoire et Solidarité".

C’est un rappel historique assez exhaustif des épisodes douloureux rappelant les types de combattants, victimes des conflits où la France a perdu de ses enfants qui y a été retracé. Cependant deux "oublis", que l’on ne peut que penser volontaires, politiques, tant le défilé des évènements est encadré par d’éminents historiens spécialistes de ces différentes périodes évoquées est profondément choquant : La Résistance et les Guerres coloniales.

1er oubli : "La Résistance". A ce sujet, les 2 seules évocations fugaces sont la remise des prix de la Déportation et de la Résistance aux élèves, et une affiche montrant le portrait de Jean Moulin sans rappeler à ce sujet, qu’il était préfet, résistant et que c’est pour cela qu’il en est mort. Son nom n’a même pas été cité !!!

Les résistants furent bien des combattants et leur courage, leurs sacrifices ont un des éléments déterminants de la victoire sur le nazisme. Dans ce film, seules, dans cette période, les victimes de la SHOAH ont été évoquées. Pourtant la barbarie nazie n’a pas épargné : les politiques, les résistants, les tziganes, les homosexuels, les otages (et les "Fils de Tués"), les civils… et ils auraient donc dû également être citées.

Il n’est pas évoqué non plus, et pourtant cela aurait dû être un élément important du travail de mémoire de l’ONACVG dans un tel film : le programme du CNR (Conseil National de la Résistance) élaboré par les Résistants pour des "Jours Heureux". Dans la période actuelle où sont remis en cause (ou menacés d’être complètement abandonnés) des acquits sociaux importants (Sécurité Sociale, droit du travail, services publics, nationalisations, …), on est en droit de s’interroger si cet "oubli" n’est pas une volonté politique délibérée pour cacher un passé glorieux, qui a permis, alors, un progrès social très important, dans une période où la France était dans une situation économique très difficile, et qui encore aujourd’hui permet des protections substantielles à une majorité de notre population .

2ème oubli : au sujet des guerres coloniales. Certes la Guerre de Libération de l’Algérie, ainsi que celle de l’Indochine sont évoquées. Mais la guerre de Libération du Cameroun, de Madagascar… sont totalement occultées, et pourtant ce furent des dizaines de milliers de morts.

Pour la Guerre d’Indochine, les exactions françaises sont totalement oubliées (torture, viols, utilisation du napalm et des défoliants dont la dioxine perpétue des drames, encore aujourd’hui…)

Pour la Guerre de Libération de l’Algérie deux points sont évoqués, mais de façon contestable parce que présentés de façon réductrice :
-  Un détail : mais des appelés ont passé jusqu’à 36 mois (et non pas seulement 20 comme cela est évoqué) sur le territoire Algérien et beaucoup sont revenus traumatisés.
-  Certes le 25 septembre un début de reconnaissance relative aux Harkis a été faite, mais incomplète, limitée, travestie : ce sont des victimes du colonialisme, beaucoup ont été enrôlés de force et n’étaient pas des volontaires. Ils restent discriminés puisque la cérémonie d’hommage qui leur est rendue est faite à une date différente des autres militaires morts en Algérie, les considérant, de ce fait, comme des soldats de seconde zone.
Mais surtout, l’"oubli" est dans la nature des exactions dont la France porte la responsabilité (10 ans après la Seconde Guerre Mondiale, et dont certaines ont comparables, en horreur, la barbarie nazie) et qui, à ce jour, ne sont toujours pas reconnues et condamnées officiellement :
-  les crimes d’état : 8 Mai 1945, 17 octobre 1961, 8 février 1962,
-  les crimes de guerre : utilisation du napalm (600 à 800 villages rasés : des Oradour sur Glane algériens), l’utilisation du gaz VX et Sarin
-  les crimes contre l’humanité : le colonialisme, l’institutionnalisation de la torture, les viols, les exécutions sommaires (corvées de bois, "crevettes Bigeard"…), les essais nucléaires du Sahara, les camps d’internements (pudiquement appelés camps de regroupements)….
Déjà pendant la Guerre d’Indochine, un certain nombre de crimes identiques avaient été commis, et ne sont pas encore aujourd’hui, pas eux non plus, reconnus condamnés…

Quand l’ONAC se vante, généralement à juste titre, de donner toute sa place à la mémoire pour que les jeunes générations puissent ne pas oublier les sacrifices de leurs ancêtres, sacrifices qui ont construit une part importante de notre histoire nationale, sur les valeurs de Notre République, ces "oublis" sont significatifs.

A la fin de la cérémonie, 2 résistants qui ont œuvré depuis les années 1950 auprès de l’ONACVG, ont reçu la médaille d’or de l’Office : belle récompense mille fois méritée, mais qui avait un goût amer pour eux, à cause de cet "oubli" de la Résistance dans laquelle ils ont tant été impliqués et comptent tant d’amis et camarades disparus pour avoir défendu les mêmes causes, les mêmes valeurs qu’eux.

Ce film nécessiterait donc absolument d’être complété par deux chapitres consacré à ces "oublis" pour pouvoir remplir son rôle pédagogique annoncé, sinon dans l’état actuel il est dangereux pour les futures générations. Actuellement, il est visible sur Internet : il serait souhaitable que sa diffusion soit retirée sous cette version.

En espérant que ces remarques pourront être prises en compte rapidement, je vous prie d’agréer, Madame la Directrice, nos plus sincères salutations.

Henri POUILLOT
Président de l’ARAC des Yvelines.
Vice –Président de l’UDAC-78, Membre du Comité des Yvelines de l’ONAVVG
Témoin de la Guerre de Libération de l’Algérie (Torture à la Villa Susini à Alger 1961/62)

P.S. :

Copie de cette lettre transmise au ministre Jean-Marc TODESCHINI Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants
Monsieur le Ministre,

Veuillez trouver ci-jointe la lettre adressée à Madame la Directrice de l’ONACVG au sujet du Film du centenaire de l’ONACVG.

Elle exprime les critiques qu’inspire cette initiative. De tels "oublis" ne peuvent être que volontaires, comte-tenu de l’encadrement réalisé par les éminents historiens retenus pour authentifier la véracité historique. Ils ne peuvent être qu’une volonté politique de falsification de l’histoire de la France, alors que l’annonce est justement de vouloir transmettre de façon pédagogique aux futures générations l’histoire de notre Pays.

Nous attendons une réaction de votre ministère pour corriger ces "oublis", en espérant que ces remarques pourront être prises en compte rapidement, Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, nos plus sincères salutations.

Henri POUILLOT.

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